Guillaume Sévérac-Schmitz,
un fan de Shakespeare!
#Willy #RichardII

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Non non, Richard II n’a pas été écrit par un jeune auteur du 21ème siècle…mais par le fameux Shakespeare en 1595 ! Et pourtant à la sortie de la représentation d’hier soir, j’avais du mal à le croire ! C’est que Guillaume Sévérac-Schmitz n’a pas hésité à convoquer The Verve, Rone ou à faire un clin d’œil à Game of Thrones pour sa mise en scène complètement actuelle.

Nous l’avons rencontré au Lycée Freyssinet hier matin :

Depuis quand faites-vous de la mise en scène ?

J’ai d’abord été acteur et musicien de plateau, car je venais du conservatoire. Mais j’ai eu envie de faire de la mise en scène alors ça va faire 4 ans maintenant.

Vous préférez jouer ou mettre en scène ?

Les deux ! Mais je n’aime plus jouer pour les autres. J’ai remplacé certains acteurs sur Richard II et ça m’a plu. Mais tu sais parfois t’es étiqueté : on vient plus te chercher en tant qu’acteur quand t’es metteur en scène.

Pourquoi avoir choisi Shakespeare et Richard II ? Qu’est-ce qui est si important chez Shakespeare ?

Shakespeare est un auteur du monde. Et puis je l’ai choisi parce que ça faisait un lien avec mon enfance. J’ai grandi à Carcassonne alors j’ai commencé par voir des spectacles médiévaux et historiques. Shakespeare est important par le florilège de ses textes. Il a fait de la comédie romantique, de la tragédie historique, de la tragédie avec un grand T, etc. La langue de Shakespeare est magnifique. Ça nous parle. Ce sont des histoires universelles comme Roméo & Juliette. Il a inventé la série. Game of Thrones n’a rien inventé. On pourrait faire Game of Thrones façon Shakespeare, car il a raconté les choses sur des années (Richard II, Henry IV, Henry V, Henry VIII, Richard III…). Il invente un monde où on voyage. En fait, il a inventé l’entertainment ! Il s’est dit : « il faut que ça fasse pleurer les gens, qu’ils trouvent ça beau, pour qu’ils payent leurs places ».

Richard II, c’est une des plus grandes pièces selon moi. Ça parle de la chute d’un roi. De quelqu’un qui dit : « tu le veux, tiens prend le ». Ça pose la question : qu’est-ce qu’on gagne en perdant ? Et puis on a l’impression que Shakespeare a écrit ça hier ! La psychologie des personnages est incroyable. C’est simple comme la vie. Richard II, ça pourrait être toi, sauf que le gars est président de la République. En réalité, il a plus envie d’être avec ses potes !

Est-ce que Richard II était compliqué à mettre en scène ?
Oui et non. Comment tu joues ça ? C’est compliqué ! Ce n’est pas fait pour les débutants, il faut avoir fait ses gammes avant. C’est un vrai travail de la pièce. On se pose des questions : est-ce qu’on joue bien la pièce ou est-ce qu’on passe totalement à côté ? Ça demande une exigence intellectuelle et émotive. Car finalement, cette pièce c’est l’art de retranscrire la vie. C’est un gros boulot de coordination mais c’est génial !

Combien de temps ont duré les répétitions ?

J’ai travaillé pendant un an avant les répétitions. Ensuite on a répété pendant deux mois tous les jours, sauf le dimanche évidemment, pour des questions de légalité !

Comment choisissez-vous les acteurs ?

Baptiste, par exemple, est le plus jeune de la troupe. C’est un ami qui m’a dit de le rencontrer, il était encore à l’école. Je cherchais le pote de Richard II à ce moment-là. Quand j’ai vu Baptiste, ce grand beau jeune homme, je me suis dit « C’est lui ! ». Je ne  l’avais jamais vu jouer quand je l’ai engagé. Après tu sens que c’est la personne. Tu sais c’est comme quand tu vas en soirée, que tu rencontres quelqu’un et que tu te dis : « on va devenir super ami ». Et bien, c’est pareil !

Concernant la musique dans le spectacle, pourquoi avoir choisi plusieurs genres ?

Parce que j’adore. Il y a du Rage Against The Machine, The Verve ou encore Rone. Je ne fige pas Richard II dans une époque mais plutôt dans un contexte. Richard est beau, moderne, il écoute The Verve. Richard II, une fois qu’il enlève sa veste, il est en jean. Il se roule par terre, il est trempé. On dirait qu’il sort d’une soirée qui aurait mal tourné, comme une feria à Bayonne ou à Dax.

Et puis ça porte les gens l’électro, même s’il y en a qui disent « c’est un peu trop fort ! ». On peut mêler les gens. Ça permet de donner une proposition cohérente au public. C’est comme à l’oral de français du bac. Vous allez argumenter de façons différentes les uns et les autres. Si c’est cohérent on acceptera plusieurs façons de voir les choses.

C’est quoi la tragédie pour vous ?

La tragédie est aux tréfonds de toute l’humanité, elle est en nous. Elle est source de vie, de réflexion, d’émancipation. Elle permet de nous reconnaître nous-même. Ca rassemble tout ce qui nous fait peur et tout ce qui nous élève, surtout aujourd’hui avec le terrorisme. Les actes tragiques rassemblent les personnes comme on a pu le voir à Paris ou à Nice. Le terrorisme, c’est la tragédie moderne, ça renferme toute notre humanité.

Richard II est une tragédie car on laisse mourir quelque chose en soi pour faire naître autre chose. D’ailleurs, au début, les acteurs veulent tous faire de la tragédie pour mieux se comprendre eux-mêmes.

L’heure se termine, les élèves retournent en cours. Guillaume Séverac-Schmitz a parlé de Shakespeare avec leur professeur et conclut : « Shakespeare nous apprend à faire du théâtre ». Pour ma part, je dois dire qu’il y avait bien longtemps que je n’avais pas autant apprécié une pièce de Shakespeare !

A très bientôt pour de nouvelles aventures à La Passerelle,

#Justine

Photos : #Elizabeth

Cette rencontre a eu lieu au Lycée Freyssinet avec une classe de première littéraire participant au parcours du spectateur de La Passerelle. Guillaume Sévérac-Schmitz est le metteur en scène de Richard II, une pièce écrite par William Shakespeare. Cette pièce s’est jouée à La Passerelle les 21 et 22 novembre. Cette rencontre était l’occasion pour ces lycéens d’en savoir plus sur le spectacle qu’ils ont vu le soir même. Les questions et réponses retranscrites ici sont le fruit d’un échange entre les élèves, leur professeur Laurent Honoré et le metteur en scène.

 

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