Ali Moini en résidence
à La Passerelle

Gaugemancie 1 © Florian Schmitt

Depuis lundi, on accueille Ali Moini et ses danseurs en résidence. Mais une résidence, c’est quoi ? Petit rappel pour ceux qui n’aurait pas lu mon article sur Transhumance. Pendant une résidence, on accueille un ou plusieurs artistes pour qu’ils effectuent un travail de recherche ou de création. On lui met donc à disposition le lieu en état de marche. En 2018-2019, nous accueillerons cinq artistes (ou troupes) en résidence.

Transition toute trouvée puisque cette résidence-ci est spécifique pour nous, le spectacle Gaugemancy, sur lequel travaille Ali Moini, sera créé à La Passerelle le 2 octobre 2018 #nouvellesaison.

J’ai donc fait ma curieuse et j’ai rencontré Ali Moini pour en savoir plus :

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Peux-tu nous parler de ta nouvelle pièce Gaugemancy :  que veut dire « gaugemancy » ? Quelle est l’origine de la pièce ? Quel est le thème ?

Gaugemancy, c’est un nom complètement inventé. Il vient de « gage » qui veut dire jauger en anglais et « mancy » qui vient plutôt de la divination, ça a un côté un peu superstitieux.

Le projet de départ, c’était de montrer un métier, une activité sociale, sportive ou spirituelle non chorégraphiés mais qui m’intéressaient. Très vite en travaillant sur ce thème, je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait vraiment dans tout cela c’était l’utilisation de la pression dans ces activités. Je voulais voir les différents points de pression sur les corps et l’application de cette pression. Le but était de voir et entendre le résultat de cette pression.

Mais tout cela n’est pas scientifique, c’est comme une « mancy ». Et moi je ne suis pas spirituel, tout cela ce n’est pas réel comme pour les devins mais je trouve cela intéressant. Il y a un grand spectre de pressions : il peut y avoir une pression subtile ou non d’ailleurs comme chez les sportifs qui sont tout en force.

Comment as-tu choisi les danseurs pour cette pièce ?

Quand j’ai eu l’idée de ce projet, j’ai tout de suite voulu travailler avec des lutteurs comme performers. Tout d’abord parce qu’ils ont une forme du corps particulière qui m’intéressait pour cette pièce mais aussi parce qu’ils connaissent cette notion de prise de risque dans l’activité physique. Malheureusement, il est difficile de travailler avec des lutteurs professionnels à cause des différentes compétitions et ici en France, la lutte est plutôt un hobbie. Quand j’ai fait le tour des différents clubs de lutte en France et en Belgique, le seul qui correspondait à cette idée, c’était Clément qui danse avec nous. J’ai ensuite lancé des auditions avec cette idée de prise de risques et de forme physique du lutteur. Je n’ai trouvé personne avec le physique de lutteur mais j’ai décidé de travailler avec Emi (avec qui j’avais déjà travaillé sur un autre projet), Miguel (que je connaissais mais que j’ai revu danser à l’audition) et Chandra (que j’ai découvert à l’audition) parce qu’ils avaient en eux cette notion de prise de risques. Ils ont tous évidemment leurs différences mais ils travaillent très bien ensemble et ont des compétences communes.

Combien de temps mets-tu à créer une pièce comme Gaugemancy ?

La Passerelle, c’est notre quatrième résidence pour cette pièce. On a déjà eu cinq jours puis huit jours de résidence à Charleroi. Là, on est ici pour cinq jours. Puis on a deux autres résidences plus longues au Havre et à Charleroi (deux fois dix jours) avant de revenir six jours en résidence ici juste avant la première pour finaliser la création.

Tu es originaire de l’Iran, est-ce que cela influence beaucoup ton travail ?

Oui, bien sûr que cela influence mon travail dans la façon dont je bouge, par exemple. Mais ce n’est pas quelque chose que j’injecte dans mon travail. C’est là quelque part car quand on crée, on met nos intérêts, nos informations dans ce qu’on crée. Mais ce n’est pas quelque chose que je mets en avant. Surtout que le principe de créer, c’est de ne pas savoir ce que je vais créer. C’est pour ça que je ne sais pas précisément le résultat du projet que je suis en train de répéter ici. Je veux dire que si je pré-imagine tout dans ma tête, je n’ai même plus besoin de le créer. Et puis chaque chorégraphie prend des parties de moi mais aussi des danseurs avec qui je travaille. C’est évidemment une collaboration, c’est ce qui fait la richesse d’un projet.

Tu es déjà venu à La Passerelle deux fois pendant le Festival 360degrés pour des solos « My paradoxical knives et « Man Anam Ke Rostam… ». C’est particulier pour toi La Passerelle et Saint-Brieuc ?

Ce sera la troisième fois que je viens avec un spectacle à La Passerelle pour Gaugemancy. Il y a vraiment un accueil particulier de la part d’Alex et de toute l’équipe de La Passerelle, c’est la raison pour laquelle je viens ici. Après quand on joue dans une ville, on s’investit tellement dans le travail qu’on n’ a pas le temps de voir la ville. Et puis ce n’est pas toujours facile, on est déjà ensemble huit heures par jour avec les danseurs alors on a pas forcément toujours envie de sortir ensemble après.

Après toutes ces explications, je n’ai qu’une hâte : voir ce que ça va donner en octobre sur le plateau du Théâtre Louis Guilloux.

D’ici là, ce sont les élèves de l’école primaire de La Brêche aux Cornes de Saint-Brieuc qui en profitent en venant découvrir un temps de répétition. L’occasion pour eux de poser toutes leurs questions sur le métier de danseurs à Ali Moini et sa troupe.

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A bientôt pour de nouvelles aventures à La Passerelle,

#Justine

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