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À QUOI ON JOUE ?

Pendant très longtemps le sacré a été opposé au profane : ce qui est « hors du Temple ». Or dans les années suivant la fin de la seconde guerre mondiale, Emile Benveniste et Roger Caillois ont montré qu’il était plus juste d’opposer le sacré non pas au profane, mais au jeu. Il existe ainsi un couple sacré/jeu permettant de comprendre la vie humaine dans la mesure où le sacré est vertical et le jeu horizontal. Le sacré porte en lui des valeurs, des qualités extérieures à lui-même, en termes d’amour ou de religion, qui supposent toujours une élévation vers le haut. Le jeu au contraire est horizontal : un terrain de football est horizontal, une table de jeu est horizontale…

Le jeu trouve son sens en lui-même : le but du jeu d’échecs est la pratique du jeu d’échecs, le but du tennis, de même. Le jeu ne possède pas de valeurs mais des vertus : la pratique régulière d’un sport ou d’un jeu de cartes ou autres, développe des facultés de respect, de réflexion, de maîtrise de soi, d’imagination ; et l’enfant se développe en jouant. Dans les relations humaines l’amour se réfère au sacré et l’amitié au jeu. En ce qui concerne l’organisation sociale, si la royauté – dans l’idéal – se réfère au sacré, la démocratie relève du jeu. Le but de la démocratie est la démocratie elle-même, comme le but des échecs est le jeu d’échec, le but du tennis, le tennis, et ainsi de suite. La démocratie se développe sous le signe de l’amitié – dans l’idéal ; son terrain d’activité est horizontal. Elle possède les vertus du jeu : la connaissance des règles, le respect de l’autre, l’intelligence des situations, l’inventivité. En même temps, tous les merveilleux instruments de communications modernes sont ludiques et restent, si l’on peut dire, au ras du sol. Si le sacré dans les religions connait des dérives allant jusqu’au terrorisme, le jeu démocratique dans la politique connait ses tricheries allant jusqu’à l’anéantissement de toute vie sociale authentique.

Jean-Marie Lhôte, écrivain (texte original décembre 2016)

 

Le Festival 360degrés est un voyage sensoriel dans la création contemporaine. Il prend pour acquis que les frontières entre les genres sont devenues floues et poreuses. Il affiche sa volonté de s’adresser autant à l’individu dans sa diversité qu’à la diversité des individus. Il renverse le rapport à l’œuvre et prône l’émancipation de l’artiste par le spectateur.
La 9 ème édition du festival se propose de poser la question : « A quoi on joue ? »
L’enfant pose la question à un autre enfant.   Comme l’artiste sur la scène. Comme le spectateur à son tour.  Comme tout un chacun à la croisée des chemins.  Oui, à quoi on joue ?

Alex Broutard, directeur de La Passerelle.

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