Edito

Le jeu de la découverte

On devrait commencer par vanter les immenses mérites de la saison à venir. Pourtant, il serait agréable de parler de celle passée, parce qu’elle est passée justement et que chacun a pu faire son miel des œuvres auxquelles il a assistées, du moins ceux qui ont pris leur envol et sont allés butiner.

Et comme dans ces jeux où le lecteur doit découvrir un personnage qui s’est dissimulé dans l’image d’un paysage ou d’une forêt et dont le visage, les bras et les jambes suivent le relief les branches et les feuillages, c’est l’œil du spectateur qui recomposera un corps  cohérent dans la diversité touffue d’une saison.

En théâtre, Polyeucte de Corneille, une pièce édifiante du 17ème  siècle devient  monstrueusement tragique aujourd’hui par son exaltation du martyr et du fanatisme religieux.  Au 20ème  Hitler et la montée du nazisme se cache derrière Arturo Ui de Brecht  et au 21ème la fragilité de la morale de Gorge Mastromas se tapit dans les manipulations d’un financier sans scrupule dans la terrible pièce de Denis Kelly qu’on opposerait bien à « Corine Dadat » qui fait profession de passer la serpillière  comme une danseuse classique mais qu’on n’applaudit pas quand elle a fini les toilettes. Les  paysans de Pauvreté, Richesse, Hommes et Bêtes, sont également de grands poètes visionnaires dans cette magnifique saga norvégienne. Ce que Théâtre Populaire veut dire ! Tout comme l’hilarant Art de la Comédie où les pauvres histrions qui racontent des histoires brouillent les repères des puissants qui croient dominer la réalité. Tout aussi drôle et profonde, l’analyse philosophique et républicaine de La Devise de François Bégaudeau.

La danse est inscrite aussi dans son époque et le Désir d’Horizon de Salia Sanou est né de ce que le chorégraphe a ressenti dans des camps de réfugiés où l’Histoire semble s’être arrêtée dans un état  immuable d’enfermement. Gaëlle Bourges s’inspire de la tapisserie de la Dame à la Licorne dans A mon seul désir et dresse le portrait d’un désir féminin fabuleux, thème que l’on retrouve aussi dans A l’ombre d’un désir brûlant, le projet théâtral de Lena Paugam de la compagnie Lyncéus. Dans ce paysage dansé, le Rain d’Anne Teresa de Keersmaeker transporte le monde dans un magnifique tourbillon.

On sait que la musique est le lieu des rencontres comme en jazz avec le trio de Reijseger et Frannje qui compose avec Sylla une sorte d’opéra wolof-jazz ou bien l’accordéoniste Vincent Peirani dans un double concert avec le saxophoniste Emile Parisien et ensuite le pianiste Michael Wollny.  En classique, comme d’habitude,  c’est la jeunesse et le talent qui s’imposent : Cédric Tiberghien, Tristan Pfaff…

On peut continuer ce jeu des découvertes et des associations  avec la 9ème édition du Festival 360degrés mais aussi  avec un nouveau projet enthousiasmant qui s’intitule « Surface scénique contemporaine » et qui incarne un désir de circulations des formes et des idées comme une belle invitation faite à tous les spectateurs à participer ensemble à de nouveaux usages artistiques.  La pluridisciplinarité d’une scène nationale porte en elle les qualités pour suivre cette ligne de fuite qu’est la transversalité et les hybridations des œuvres contemporaines. Ces  artistes s’appellent Lena Paugam, Vincent Thomasset, Chloé Dabert, Simon Tanguy, Anne Theron, Elisa Le Merrer. On ne veut pas dire par là qu’on les a découverts. Le directeur n’est pas un chien truffier et les artistes se révèlent d’eux-mêmes. Il serait seulement dommage qu’ils ne trouvent pas ici les moyens de créer au bénéfice de la ville, l’agglomération, le département et la région et de ses habitants alors qu’ils participent déjà au développement du territoire.

Etonnement, amusement, émotion, passion : ce Jeu des Découvertes est aussi une Chasse au Trésor.

Alex Broutard, directeur

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